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Roland-Garros 2011 - Rafael Nadal : Six, ça commence à faire beaucoup !
Rafael Nadal, vainqueur de Roland-Garros  

A Roland-Garros, Rafael Nadal a encore une fois donné la pleine mesure de son talent face à Roger Federer. Ce n'est pas un hasard. Si le N.1 mondial contre aussi bien le Suisse, c'est aussi parce qu'il est encore sa principale référence.

Nadal a lui-même estimé que six titres à Roland-Garros "ça commence à faire beaucoup", après avoir remporté dimanche la finale face à Roger Federer.

"Désolé Roger, mais j'ai fait un bon match". Voici les premiers mots de Rafael Nadal, sextuple vainqueur de Roland-Garros, lors de la remise des trophées aux finalistes. C'est à la fois une marque de respect et une marque de fabrique que cette modestie et cette humilité du N.1 mondial.

Quand Rafael Nadal évoque son sacre, il lance : "Je suis parmi les meilleurs, cela me suffit. Je me sens reconnaissant de ce qui m'arrive." Il n'est pourtant redevable de personne. Ou presque. "On doutait de Rafa et de moi, mais nous n'avons plus rien à prouver depuis longtemps. Nous ne devrions plus rien avoir à prouver", insistait Roger Federer ce dimanche. L'Espagnol s'est battu toute la saison sur terre pour demeurer là-haut. Mathématiquement, c'est vrai, Nadal reste au sommet de la hiérarchie mondiale grâce à la victoire époustouflante de Roger Federer sur Novak Djokovic en demi-finales. Le destin sportif de ces deux joueurs semble définitivement lié. Nadal a besoin de Federer pour tirer le meilleur de lui-même pour vivre sa carrière pleinement.

"Je ne joue pas pour égaler Borg"

A Roland-Garros, Nadal a encore une fois donné la pleine mesure de son talent face à Federer. Ce n'est pas un hasard, c'est sa référence ! On a pu un temps penser que Rafael Nadal était un descendant direct de la lignée de Björn Borg. Ce sens du retour, cette capacité à remettre la balle, cet art de la remise étaient aussi celui du Suédois. Bien entendu, quand Nadal dégage une énergie volcanique pour repousser son adversaire, Borg déplaçait les siens comme un iceberg détourne les paquebots. Nadal, après sa victoire à Roland-Garros, pense déjà au travail à accomplir pour continuer : "C'est magique d'égaler le record de Borg. Je vais continuer à travailler pour revenir l'année prochaine". Il expliquait surtout cette semaine : "Je ne joue pas pour égaler Borg mais pour gagner Roland-Garros."


"Je l'ai laissé jouer"

Dimanche, Nadal donnait sa vision de sa huitième finale de Grand Chelem jouée face au Suisse : "Je l'ai laissé jouer et je l'ai fait jouer plus haut sur la balle. Nadal l'opportuniste, c'est une fable qui n'existe que face à Federer. Nadal construit les points comme personne. Nadal sait faire le jeu, Nadal sait monter à la volée. Mais face à Federer, il fait ce qu'il faut pour s'imposer : attendre le moment où la garde tombe devant la cuirasse dorée. Roger Federer confirme : "J'ai dû avoir plus de hauts et de bas que lui sur ce match. C'est toujours moi qui ai dicté le jeu. Quand on se joue l'un l'autre, c'est toujours comme ça. On sait à quoi s'attendre. Il y a toujours des occasions à prendre contre lui mais je n'ai pas réussi."


Dans les pas de Federer

A Roland-Garros, Nadal a encore une fois donné la pleine mesure de son talent face à Federer. Ce n'est pas un hasard, c'est sa référence ! Federer dicte le jeu et Nadal lui répond. L'art de la remise selon le Majorquin, c'est élever l'art de la réponse à celui de la conclusion. Après des années passées à faire l'éloge de "Rodgeur", après l'avoir symboliquement "tué" à Melbourne (souvenez-vous du larmoyant "cela me tue", de Federer en 2009), il suit finalement ses traces. Dix titres du Grand Chelem à 25 ans. Le record actuel de 16 titres est un objectif osé, car la concurrence s'annonce plus rude, mais pas invraisemblable.


Interview de Rafael Nadal

Q: Pouvez-vous comparer ce titre avec vos précédentes victoires ?
R: "Un titre aussi prestigieux est toujours très gratifiant car ça demande tellement d'efforts. Alors quand il vient en plus dans la douleur, après des moments de doute, il prend encore une toute autre saveur. En 2008, j'avais joué un tennis fantastique, le meilleur de ma vie, mais à la fin je n'avais pas l'impression d'avoir gagné Roland-Garros. Ca avait été trop facile."

Q: Que représente le fait d'égaler Bjorn Borg avec six titres à Paris ?
R: "C'est un honneur de pouvoir partager ce record avec lui mais le plus important pour moi est de gagner Roland-Garros. Je vais continuer à travailler pour essayer de jouer bien encore l'année prochaine mais aujourd'hui laissez-moi savourer ce titre. Six, ça commence à faire beaucoup!"

Q: Que s'est-il passé depuis le week-end dernier lorsque vous disiez ne pas jouer suffisamment bien pour remporter le titre ?
R: "J'ai abordé ce tournoi avec moins de confiance que d'habitude. Avoir perdu quatre finales de suite face à Djokovic m'avait vraiment affecté. C'était dur. Mais j'ai gardé tout le temps la bonne attitude pour retrouver mon meilleur niveau au moment où j'en avais le plus besoin. C'est une grande satisfaction personnelle de gagner le tournoi après l'avoir commencé aussi mal."

Q: Quel a été le déclic ?
R: "J'étais bien à l'entraînement donc je ne comprenais pas trop pourquoi je n'arrivais pas à transposer ça en match. J'étais trop nerveux je pense mais en même temps je savais que je n'étais pas loin. Contre Soderling en quarts de finale le moment était venu de retrouver mon jeu, sinon je rentrais à la maison. Et j'ai réussi à le retrouver, au bon moment."

Q: Pourquoi est-ce que Roland-Garros est le tournoi le plus important à vos yeux ?
R: "Parce que c'est le tournoi que j'ai le plus de chances de gagner des quatre du Grand Chelem. C'est ma plus belle opportunité et, si j'y arrive, je sais que mon année sera déjà réussie et que j'aurai ensuite moins de pression le reste de la saison."

Q: Quelle a été la clé de la finale ?
R: "Roger a fait un tournoi fantastique, il a évolué à un très haut niveau pendant deux semaines et a été énorme en demi-finale. C'est plus difficile pour lui de jouer aussi bien contre moi que contre Djokovic car je lui donne une balle plus haute. Mais il a été très bon aujourd'hui, il a mieux tenu l'échange avec son revers que par le passé. Ca a été un gros problème pour moi. A la fin du troisième set il n'y avait pas grand-chose à faire tellement il jouait bien. J'ai essayé de m'accrocher et d'attendre mon moment. Gagner mon premier jeu de service au quatrième set, où j'étais mené 0-40, a été fondamental."

Q: Comment avez-vous réussi à revenir dans le premier set ?
R: "Il n'a pas eu de réussite au premier set. A 5-2 pour lui, je n'étais pas bien. Mais c'était pire en 2006 où j'avais perdu le premier set 6-1 contre Roger. Je savais que le premier set était très important. Mais même si je l'avais perdu, je sais que les matches sur terre battue sont longs. J'ai eu de la chance sur les deux premiers jeux, à 5-2 et 5-3. Après j'ai joué un très
grand tennis pendant deux sets."

Q: Et maintenant Wimbledon...
R: "D'abord le Queen's. Passer sur gazon est toujours un grand changement. Même après y avoir connu beaucoup de succès, je vais devoir m'adapter, me rappeler ce qu'il faut faire pour bien y jouer. Ca passe par des heures et des heures d'entraînement. Je vais commencer demain, un peu, puis jouer un double mardi et le simple mercredi. Avoir gagné Roland-Garros me permet de faire la transition avec une attitude positive et avec moins de pression."



L.G
Lundi 6 juin 2011